Il y a des week-ends où l'agenda raconte déjà l'histoire avant que la première porte ne s'ouvre. Celui du 2 au 4 octobre en faisait partie. Sur les 126 soirées que NiteMap recensait dans la zone, douze portaient le mot « Pride » dans leur titre, et la plupart tombaient le même soir, samedi, quelques heures après la Marche des Fiertés. Prévue le 27 juin, la Marche avait été annulée au dernier moment en pleine canicule, puis reportée au 3 octobre. Les collectifs l'avaient écrit noir sur blanc dans leurs annonces : on défile l'après-midi, on danse la nuit, et l'un ne va pas sans l'autre.
À l'autre bout du spectre, la Fashion Week de Paris vivait ses dernières heures. Sept soirées s'en réclamaient, du Gate Club au Lilly's Club, en passant par le YOYO, sous le Palais de Tokyo, et le Wanderlust. Deux Paris, donc, qui se sont parfois croisés sur les mêmes quais. Et entre les deux, le reste de la nuit parisienne : la techno, genre le plus programmé après les soirées généralistes (25 dates), la house (19) et les rythmes latins (14).
Virage, le périph comme ligne de basse
Club / boîte de nuit · 26 Rue Hélène et François Missoffe, Paris 17ᵉ
S'il fallait une image pour ouvrir ce week-end, Virage l'a fournie dès vendredi matin. Une lumière rouge, de la fumée, deux DJ penchés sur les platines et une marée de têtes en contre-jour. C'était la première date parisienne de Jump Source, avec Nesa Azadikhah, Hors Sol et Mathiou derrière les platines. Le club a résumé la nuit d'une formule : elle aurait donné au périph « envie d'en redemander ». Le collectif promet une suite.
Le reste du week-end tenait la même ligne. Vendredi soir, Hard Fist Records et La Culottée y réunissaient Erol Alkan, figure historique du label Phantasy, et le live d'Alex Wilcox, quelque part entre techno mutante et rave punk. Samedi, Virage accueillait Dyke For Pride, la nuit de six collectifs lesbiens et queer (Avant-Garce, Barbi(e)turix, Dyketopia, Dyke Menopause, Kidnapping et With Us). Les deux nuits étaient au même prix, 11,60 € en prévente. C'est un prix bas pour un club de cette taille, et ça va avec ce que Virage cultive : un lieu de collectifs plus que de têtes d'affiche.
Flash Cocotte, vingt ans et un premier char
Collectif · soirées itinérantes
C'était l'autre événement du samedi, et il s'est joué en plein jour. Pour la première fois en vingt ans d'existence, Flash Cocotte, la soirée des queers, des drags et des club kids parisiens, a quitté le dancefloor pour défiler dans la Marche avec son propre char. Le programme qu'elle avait publié promettait « des basses qui cognent, des éventails qui claquent ». La nuit même, le collectif reprenait ses quartiers pour une Pride Reloaded Edition, de minuit à 6 h, à 14,30 €.
Les photos que Flash Cocotte a publiées dimanche ne viennent pourtant pas de ce week-end : elles datent de son édition du 29 août à La Machine du Moulin Rouge, que le collectif décrit comme « complètement folle et furieuse ». Il les a ressorties pour annoncer son retour à La Machine le vendredi 13 novembre, sur les deux scènes du lieu, le Central et la Chaufferie, avec deux line-ups pour un seul billet. Mais elles disent mieux que n'importe quel texte ce que la soirée cultive : du maquillage plein phare, des chaînes, des corps libres, et un public qui vient autant pour être vu que pour danser.
Le Bunker, l'after Pride à la cave
Bar dansant · 54 Rue Guy Môquet, Paris 17ᵉ
Dimanche en fin d'après-midi, le Bunker a publié son carnet de la veille avec un simple « merci pour cet after pride les sexys des sexys ». Sur les images, on voit des murs de pierre, une voûte de cave et des visages tournés vers l'objectif. L'after Back 2 Pétâge, avec Watrfall, Siwathesiren et Kalikalitee aux platines, avait été annoncé comme « intimiste », avec des places limitées et une priorité donnée aux personnes queer racisées (« QPOC priority »). C'est la ligne du lieu, qui se décrit comme un espace où « la jeunesse queer et racisée se rassemble pour danser sans limites ».
C'est peut-être là que la Pride parisienne dit le plus d'elle-même. Ce n'est pas seulement le grand défilé : c'est aussi une multitude de petites nuits qui ont chacune leur public, leur sélection à l'entrée et leurs règles. Samedi soir, on pouvait finir la journée à La Machine (Lolita Pride Edition), au Wanderlust (Doctor Love), à La Bellevilloise (Pump x Liptease), à À la folie (Pride Protocole) ou au WorkshoW, qui enchaînait un open air l'après-midi et une nuit Deviance. Les douze soirées Pride du week-end coûtaient de 6 à 16 €.
Pamela, la Fashion Week finit au club
Club / boîte de nuit · 62 Rue Mazarine, Paris 6ᵉ
Côté mode, la séquence la plus documentée du week-end vient de Pamela, rue Mazarine. Les collectifs GUMI et NOLOGO y signaient leur « dernière nuit » de Fashion Week. La soirée a commencé par un dîner privé chez Halo, avec la marque NSS, puis s'est prolongée en afterparty au club, avec la bande de Natten (Søpavillonen). Le photographe @frequencyhopper a suivi tout le trajet, et ses images en gardent la texture : flash direct, grain de pellicule, verres à pied puis murs de pierre.
Deux des trois photos ci-dessous ont été prises au dîner, pas au club. On les montre quand même, parce qu'elles racontent la façon dont la Fashion Week se vit la nuit : on ne « sort » pas, on enchaîne. Le club est la dernière étape d'une soirée qui a commencé à table.
Bus Palladium, « Purple night »
Lieu événementiel / warehouse · 6 Rue Pierre Fontaine, Paris 9ᵉ
Le Bus Palladium, lui, n'a mis que trois mots sur sa nuit de vendredi : « Purple night. October, 2nd. » Les photos complètent ce que la légende ne dit pas : tapis aux motifs orientaux, miroirs, néons rouges en éclats, rouge à lèvres et regards appuyés. Elles ont l'allure d'un shooting de mode plus que d'un reportage de club, et c'est cohérent pour une salle ouverte en 1965 qui a toujours vécu de son image autant que de sa programmation.
La programmation de cette nuit-là n'apparaît pas dans notre agenda. En revanche, la semaine suivante est chargée : le duo Ravage, formé par Gaspard Royant et Aurélie Saada, y jouait mardi, et la chanteuse soul mancunienne Pip Millett y est samedi.
Le 211, la Villette entre techno et rythmes latins
Lieu événementiel / warehouse · 27 Gal de la Villette, Paris 19ᵉ
Au 211, le week-end a commencé tôt : vendredi dès 20 h, le collectif Ipséité y fêtait sa première année avec une nuit marathon de dix heures. Au programme, techno profonde, lives et scénographie, avec Iman Janes en tête d'affiche (13 €). Samedi, place à Borondo Aniversario, avec le collectif Que Chimba Party, pour ramener à Paris l'énergie des rues latino-américaines (8,90 €). Et lundi, le lieu accueillait Intermiteuf #3, une soirée d'italo-disco pensée pour les intermittents du spectacle, ceux dont les jours de repos ne tombent jamais le week-end (6,50 €).
Les photos publiées vendredi viennent d'une édition précédente de Visão Party, le collectif qui y revient ce samedi. Elles montrent ce qui fait l'identité du 211 : un cadre industriel, des canettes à la main, des tenues de festival et une foule jeune et mélangée. La légende du collectif tient en une phrase, qui pourrait servir de devise au lieu : « Une seule mission : danser ensemble ».
Ce qu'on retient
Premier constat : à Paris, ce sont les collectifs qui font la nuit, bien plus que les clubs. Hard Fist et La Culottée à Virage, Ipséité et Borondo au 211, les six collectifs de Dyke For Pride : les lieux prêtent leurs murs et les collectifs y apportent leur public. Pour sortir, mieux vaut suivre un nom de collectif que l'adresse d'un club.
Deuxième constat, la nuit parisienne la plus vivante n'est pas la plus chère. Les soirées Pride du samedi se tenaient presque toutes sous les 15 €, et les deux nuits de Virage sous les 12 €. À l'inverse, la Fashion Week se vit sur invitation, au dîner, et le club n'arrive qu'en bout de chaîne.
Dernier constat, la géographie se décentre. Trois des six lieux de ce récit sont dans le 17ᵉ et le 19ᵉ, loin de Pigalle et d'Oberkampf. Ça vaut la peine de regarder la carte au-delà des quartiers de nuit historiques.
Ce week-end, on irait…
Du vendredi 9 au dimanche 11 octobre · notre sélection
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Vendredi 9 octobre
Skryptöm à Virage
Le label d'Electric Rescue a vingt ans de techno parisienne derrière lui. Il s'installe à Virage, de 23 h 30 à 7 h, avec Shdw et Grace Dahl, connue pour ses sets à pleine vitesse. Si vous n'allez qu'à une soirée techno ce mois-ci, c'est celle-là.
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Vendredi 9 octobre
Chevry Agency fête ses 8 ans
Vingt-deux heures sans interruption sur quatre scènes, entre le Wanderlust et FVTVR. Pour qui aime les nuits qui se terminent en après-midi.
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Vendredi 9 octobre
La Radiale #4 : Octobre Rose
Une soirée caritative en trois temps : une table ronde sur les enjeux politiques du cancer du sein, des shows drag et vogue, puis des DJ jusqu'à l'aube. Dans la continuité de la Pride, avec une cause.
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Samedi 10 octobre
Visão Party, Back to da Raw
La soirée annoncée par les photos ci-dessus, avec DJ Ray en provenance de São Paulo. Le format warehouse du 211 lui va bien.
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Samedi 10 octobre
Trésor Party : The Heatwave
Andrea Ratti, Monsieur Trésor, Abdel Benakki et Abibi, pour une house lente qui monte jusqu'à l'aube. La meilleure façon de découvrir Pamela sans attendre la prochaine Fashion Week.
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Dimanche 11 octobre
House O'drome
Chaque deuxième dimanche du mois, du funk, du disco et de la deep house de 15 h à 23 h, avec Marie Berson en live. L'entrée est gratuite selon l'organisateur. Le dimanche idéal pour qui a raté le reste du week-end.